Décomplexer nos historiens. Maroc-Israël : Un sujet qui interpelle

Publié le par Aboubakr Jamaï

LE JOURNAL HEBDOMADAIRE
Editorial
Le Maroc et le Mossad. 
Décomplexer nos historiens. Maroc-Israël :
Un sujet qui interpelle
Aboubakr Jamaï 05/07/2004

BEL AIBA Inès, ALAMI Younes, AMAR Ali, et JAMAI Aboubaker, Le Maroc et le Mossad
Dossier, Le Journal Hebdomadaire, N°167, Casablanca, 3 au 9 juillet 2004


Comme souvent, c'est à l'étranger que s'écrit l'Histoire du Maroc. Cette fois, un chercheur israélien enseignant à l'Université de Paris VIII a animé une série de conférences et s'apprête à publier un livre sur les relations entre Mehdi Ben Barka et Israël. Un sujet qui interpelle inévitablement les Marocains car il associe d'un côté une icoône de l'histoire de ce pays et de l'autre un pays qui cristallise l'injustice faite au peuple arabe. La stature d'un Mehdi Ben Barka apparait aujourd'hui d'autant plus grande qu'il fut le sympbole de la passion politique. il fut de l'avis général l'un des hommes politiques les plus brillants du vingtième siècle et l'un des plus incorruptibles aussi.

A l'heure des compromissions et des démissions on comprend mieux le rayonnement du mythe. il avait une passion brulante: le Maroc. Il y a littéralement sacrifié sa vie. Les révélations du chercheur Yigal Bin-Nun sur les contacts entre les agents israéliens et le leader nationaliste risquent fort de susciter deux types de réactions. Les vociférations des islamistes extrémistes et les vociférations d’une certaine gauche qui n’a plus rien d’autre à offrir que la défense des chapelles. On en a pour un bel exemple avec les réactions suscitées par la publication de la lettre du Fqih Basri. Les premiers vont nous entonner le chant nauséabond du traître « laïcard » qui, preuve de l’immoralité de sa pensée, se compromet avec l’ennemi suprême. Les deuxième vont crier à la non assistance à mythe en danger, au complot contre les symboles du progressisme qui prépare l’arrivée des islamistes ou encore à la tentative d‘exonération de la monarchie Hassan II. Les révélations sur la tentative d’un putsch de 1972 avaient énervé certains dans la gauche marocaine parce que, dans leur esprit, l’implication de leaders progressistes dans un coup de force militaire affaiblissant la stature morale d’un mouvement qui se disait démocrate.

De même, les révélations sur les relations entre Mehdi Ben Barka et Israël au tout début des années soixante auront pour effet, toujours selon la même catégorie de personnes, de rabaisser le symbole Ben Barka au même pied d’égalité que le Hassan II qui a fait appel au Mossad pour former ses tortionnaires et écarter ses opposants. La réalité est éminemment plus complexe. Le socialise Ben Barka était comme beaucoup de socialistes de l'époque intéressé par ce modèle de constructivisme absolu qu'était Israël. Un Israël qui s'était bâti grâce aux appuis des socialistes européens beaucoup plus que grâce au soutien américain. Le problème palestinien était noyé dans les nombreux processus de décolonisation de l'époque et n'avait pas la même charge qu'aujourd'hui. C'était un militant qui cherchait des appuis pour débarrasser le Maroc de ce qu'il considérait comme un régime qui asservissait ses compatriotes. On ne doit pas lire les travaux d'Yigal Bin Nun sans avoir à l'esprit le discours de Mehdi Ben Barka au Caire, quelque temps avant sa disparition, sur les droits inaliénables du peuple palestinien. Un discours qui a participé à la dynamisation de l'Organisation de Libération de la Palestine. Les assertions d’Yigal Bin-Nun sont assez factuelles, détaillées et documentées pour être prises au sérieux. Espérons qu’elles auront au moins le mérite de décomplexer nos historiens par rapport à l’Histoire récente de notre pays.

Il est grand temps que l'université marocaine s'affranchisse de ses innombrables tabous et permette à des citoyens en quête de sens de mieux connaître un passé qui conditionne tellement leur avenir. (Aboubakr Jamaï) [05/07/2004]

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